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A propos des dictionnaires

Le DICOROM
Se compose principalement du Thresor de la langue francoyse tant ancienne que moderne de Jean Nicot (1606), et des dictionnaires de l'Académie française de la première (1694) et de la sixième édition (1835). Il couvre ainsi plus de trois siècles de lexicographie, chacune de ces œuvres venant clore une période de notre histoire et de notre langue : la Renaissance pour Nicot, le Classicisme pour la première édition de l'Académie et plus généralement, l'Ancien Régime pour la sixième.

LE THRESOR
1606 Nicot naît à Nîmes en 1530 (cf. art. Nimes) et meurt à Paris en 1600. Il ne voit donc pas publier son Thresor. Secrétaire d'Henri II, ambassadeur de François II au Portugal (1559-1561), il est aujourd'hui surtout connu pour avoir introduit en France l'herbe à Nicot, le tabac (cf. Nicotiane). Son Thresor est le premier dictionnaire monolingue de notre langue. Une somme d'érudition impressionnante qui reprend la majeure partie du Dictionnaire françois-latin de Robert Estienne, que Nicot avait de longue date réédité et enrichi (ce qui explique la présence forte du latin dans son œuvre). Le Nicot, monolingue, à tendance bilingue donc, est aussi multilingue puisque ses indications étymologiques et ses traductions font appel à plus d'une vingtaine de langues et à une trentaine de dialectes et parlers régionaux (1). Si Nina Catach, dans son Dictionnaire historique de l'orthographe française, affirme que Nicot fut " sans doute notre plus grand lexicographe avant Littré " c'est que sont déjà à l'œuvre dans son Thresor la majeure partie des informations qui se sont imposées aujourd'hui à tout bon dictionnaire de langue : spécifications temporelles et géographiques, prononciations, étymologies, synonymes, locutions, proverbes, exemples tirés des grands auteurs…

Outre les questions de langue, Nicot fait également une large place aux définitions encyclopédiques. Il s'intéresse aux éléments de la vie quotidienne, ustensiles (cf. Lechefrite), vêtements (Housse, Chaperon), aux recettes de cuisine et modes de conservation des aliments (Craquelin, Boudin, Anchoye). Il décrit les métiers (Henouard, Fournier), les outils (Lancette, Hie), les objets et les techniques de fabrications (Happe, Bourdonniere, Cadeau). Il note les us et coutumes anciens (Jouster, Lance), régionaux (Lóe) ou étrangers (Almoravides, Mamaluc) et de nombreux lexiques spécifiques. Celui de la faune (Crapaud, Caille), de la flore (Laicteron), de la vie paysanne (Fener, Hercer), de la guerre (Halebarde, Jaseran), de la navigation (Hune, Estambre), de la vénerie (Ruit, Lanier), de l'histoire (Jacquerie), de la mythologie (Pandore)… En fait, la richesse du Thresor n'a pas fini d'étonner qui prend la peine de s'y plonger. L'ordre alphabétique du Thresor, assez malmené, a été rétabli. Initialement, il est souvent phonétique comme dans la suite d'articles Rochet, Roquette, Roder… Il est souvent rompu, également, par le regroupement des entrées en famille. Les sous-entrées Ouvrage, Oeuvre, Ouvrier sous Ouvrer ont été redistribuées. De nombreuses définitions sont doubles, comme celle du mot " rang " que l'on trouve à Rang et à Reng (bien qu'orthographié Rang dans les deux cas), ou celle du mot " tâche " que l'on trouve à Tache et à Tasche. Lorsque deux définitions sont strictement identiques, une seule a été gardée ; lorsqu'elles diffèrent, les deux sont placées l'une à la suite de l'autre dans le même article, séparée par le signe /. A l'intérieur des articles, les retours à la ligne constants introduisant les différents sens et exemples ont été remplacés par le signe o.

Le Thresor est un in-folio de 674 pages, (représentant environ 18 000 entrées pour un total de près de 900 000 mots) qui s'insère dans un projet éditorial et linguistique plus vaste puisqu'il est suivi d'une grammaire (32 pages), d'un recueil de proverbes et d'un index octolingue (228 pages), le tout étant annoncé dans le titre principal : Thresor de la langue francoyse […] avec une grammaire francoyse et Latine, & le recueil des vieux proverbes de la France. Ensemble le Nomenclator de Iunius, mis par ordre alphabetic, & creu d'une table particuliere de toutes les dictions. Bibliographie : Rééd. fac-similé : Thresor de la langue francoise tant ancienne que moderne, 1621. éd. Picard/Fondation Singer-Polignac, 1960. T.R. Wooldridge, Les Débuts de la lexicographie française: Estienne, Nicot et le Thresor de la langue françoyse (1606), Toronto, University of Toronto Press, 1977.

LES DICTIONNAIRE DE L'ACADEMIE de 1694 et 1835.
Le Dictionnaire de l'Académie de la première édition, plus connu que celui de Nicot, n'a pas la grande notoriété du dictionnaire de Furetière, son exact contemporain. Il est pourtant l'élement principal d'un corpus de neuf éditions tout à fait fondamental pour l'histoire de la lexicographie et du français moderne. Fréquemment critiqué, le Dictionnaire de l'Académie semble pâtir de la mauvaise image de l'institution qui lui a donné naissance. L'Académie, par sa prétention à régenter la langue, reste pour certains un outil de mise au pas de la société française au service de l'absolutisme royal. Son Dictionnaire, normatif, entendrait avant tout promouvoir la langue de la cour, excluant les termes d'art et de science, entendons de technique et de métier, que Furetière, lui, a pris soin de recueillir. Il ne recourt pas non plus aux exemples littéraires, ce que d'aucuns interprétent comme un signe d'autosuffisance des académiciens en matière linguistique.

Cela dits, on s'aperçoit vite que l'ouvrage est plus complexe qu'il n'y paraît. C'est paradoxalement un véritable dictionnaire d'usage, qui se cache sous sa prétendue normativité. En fait, l'Académie recueille, en plus de la langue du "commerce ordinaire des honnestes gens, orateurs et poëtes ", la " langue commune ", les " phrases les plus receuës ", les " façons de parler", l'" employ "… Si les académiciens légifèrent, c'est donc surtout en marquant les mauvais usages par de nombreuses indications de niveau de langue: " il est bas ", " il est populaire ", " il est familier ", " T. injurieux "… L'intérêt pour cette langue familière, sa présence forte dans le dictionnaire, fut malaisé à justifier pour l'Académie qui ne s'étend pas sur le sujet et annonce timidement dans sa préface : il y a des proverbes "qui se sont avilis dans la bouche du menu Peuple, et qui ne peuvent plus avoir d'employ que dans le style familier. Cependant comme ils font une partie considerable de la Langue, on a pris soin de les recueillir ". En 1685, dans son second Factum, Furetière ne manque pas de reprocher aux académiciens leur goût immodéré pour ces proverbes, " ces ordures ", qui selon lui, " font le capital du Dictionnaire ". Furetière cite alors : "bran du précheur si on ne l'écoute ; il a chié au lit ; cet homme a chié dans ma malle… ". Pour preuve de leur présence en masse, la parution en 1696, du Dictionnaire des halles qui n'est que l'inventaire des phrases populaires du Dictionnaire de l'Académie. L'auteur de cet énorme extrait (228 pages!), moqueur, y remercie les académiciens pour leur œuvre si utile, puisée aux plus pures sources du français… des harangères et des gadoüars.

Il en résulte, non pas un dictionnaire encyclopédique comme le Furetière, mais un dictionnaire de langue au sens plein du terme, se souciant moins des choses que des mots et de leurs emplois. L'orientation radicalement différente des deux ouvrages est bien mise en lumière par la réponse de Doujat à Furetière après sa critique de la définition du mot Glande " ils prennent une maladie qui vient à quelques glandes pour la glande elle-même… ". Doujat argumente que l'Académie n'affirme pas que les glandes sont des tumeurs qui viennent dans l'aine. L'Académie ne donne pas une définition scientifique de la chose mais l'usage ordinaire du mot même si celui-ci est contestable. Ainsi, la notation des différentes graphies et prononciations introduites par les formules " plusieurs disent ", " quelques-uns escrivent… ", celle des prononciations faisant difficulté, l'absence de citations littéraires, sont autant d'indices de la place prépondérante des usages et de l'oralité dans le Dictionnaire. Celui-ci est un véritable trésor où, bien souvent, la stricte définition des mots n'occupe qu'une très faible place en comparaison de celle attribuée aux divers emplois, aux locutions et aux proverbes qui se développent parfois très amplement ; tentation d'exhaustivité qui sera plutôt renforcée que désavouée par les éditions successives. L'article À, par exemple, passe de 700 mots en 1694 à plus de 4 000 mots en 1835, et l'article Pied de 2 700 à 4 000.

Si l'Académie n'a jamais complètement refondu son dictionnaire, celui-ci change plus que l'augmentation du nombre de ses entrées ne le laisse penser (20 000 en 1694, 32 000 en 1835). L'édition de 1835, la plus renouvelée (environ 2 600 000 mots), correspond à un volume de texte double de celle de 1694 (environ 1 380 000 mots). Elle enregistre et approfondit certains champs lexicaux assez inattendus: le jeu (Bassette, Impériale, Martingale, Mourre, Pharaon, Poussette, Renvi, Sizette, Sonica…) ; les exclamations (Bah, Hom, Holà, Hourra, Hurhau, Ouf, Patatras, Pouah, Pouf, St st, Tac tac, Tarare…) ; les injures - surtout contre les femmes - (Bagasse, Bégueule, Carogne, Diablesse, Garce, Gaupe, Gouine, Hallebreda, Harengère, Pimpesoué, Pimbêche, Poissarde, Salope, Sans-dent…) ; les mots étrangers (Ginseng, King, Knout, Kopeck, Kurtchis, Ouïcou, Pian, Pilau, Salamalec, Sirsacas, Timar, Uléma, Valkyries, Vayvode, Véda, Zend-avesta…) et beaucoup d'autres que l'on peut en partie retrouver, via la recherche plein texte, grâce à la " Table des principales abréviations " que donne l'Académie à la fin de sa " Préface ".

Le dictionnaire de la première édition n'est pas organisé par ordre alphabétique mais par familles. Toutes les sous-entrés ont été séparées, et l'ordre alphabétique rétabli. Comme pour le Thresor de Nicot, chaque alinéa à l'intérieur des articles introduisant une variation de sens ou un exemple a été remplacé par le signe o. Pour des raisons de lisibilité, les homographes de chaque dictionnaire, lorsqu'ils sont de même genre et de même catégorie grammaticale, ont été réunis sous une seule entrée et séparés par un alinéa. L'édition de 1835 distingue deux sortes d'alinéas dans ses articles. Les alinéas simples, qui ont été remplacés par le signe o et ceux avec répétition du mot-entrée qui ont été conservés tels quels. Le Dictionnaire de l'Académie françoise de la première édition, publié en 1694 chez Jean-Baptiste Coignard, est un in-folio en deux volumes de 676 pages + (20 pages de préface + 62 pages de table) et de 671 pages + (46 pages de table). Le Dictionnaire de l'Académie française de la sixième édition, publié en 1835 chez Firmin Didot Frères est un in-4° en deux volumes de 911 pages + (26 pages de préface et 1 page d'abréviations) et de 961 pages. Bibliographie : Rééd. fac-similé sur microfiches, France-Expansion, Col. Archives de la linguistique française, 1972 pour la première édition (1694) et 1973 pour la sixième (1835). Les registres de l'Académie française 1635-1793 : documents et tables analytiques, Genève, Slatkine, 1971. Les préfaces du Dictionnaire de l'Académie française, 1694-1992, H. Champion, 1997. Bernard. Quémada, Les Dictionnaires du français moderne 1539-1863, Paris, Didier, 1968.

SUPPLEMENT REVOLUTIONNAIRE ET ARGOTIQUE
La préface ("Discours préliminaire") du Dictionnaire de l'Académie françoise de 1798 et son Supplément, contenant les mots nouveaux en usage depuis la révolution (ajouté à la fin du premier tome) d'environ 300 mots typiquement révolutionnaires et pour la plupart supprimés dans les éditions postérieures. Le dictionnaire argot-français de La Vie généreuse des Mercelots, Gueux et Bohémiens donnée en 1596 par un certain Pechon de Ruby, premier lexique français de ce genre. Le dictionnaire argot-français du Jargon ou langage de l'argot réformé, publié par Ollivier Chereau vers 1628, sans cesse réédité et augmenté jusqu'au XIXe siècle (fautes comprises), pièce maîtresse du développement de la littérature argotique française. Le dictionnaire argot-français du Vice puni, ou Cartouche, poème héroïque, comique et tragique en 13 chants de Nicolas Ragot dit Granval, publié pour la première fois en 1725 et réédité et enrichi jusqu'en 1827. Le Nouveau dictionnaire d'argot, par un ex-chef de brigade sous M. Vidocq ; suivi de la chanson des galériens rapportée dans ses Mémoires. Ouvrage utile aux gens du monde. Paris, Chez les marchands de nouveautés. 1829. Les Excentricités du langage, puisées aux meilleurs sources et commentées par Lorédan Larchey, publié pour la première fois en 1860 et rééditées de nombreuses fois sous le titre Dictionnaire historique, étymologique et anecdotique de l'Argot parisien. La Langue verte, dictionnaire d'argot et des principales locutions populaires, précédé d'une histoire de l'argot, par Clément Casciani, publié chez P.Arnould en 1894.

(1). Pour qui voudrait retrouver ces indications de langues et localisations géographiques, en voici la liste établie par T.R. Wooldridge dans son Concordance du Thresor de la langue francoyse de Jean Nicot, Paratexte, Toronto, 1985 : Anglais, anglis, anglois, angloise ; Barbare, barbare, barbares ; Chaldéen, chald, chaldaice, chaldée, chaldéen ; Allemand, alemagne, alemand, alemands, alemans, allemand, allemands, allemans, allemant, germani, germania, germanica, germanice, germanis, germanus, teuthonica ; Espagnol, aragonois, castillan, esp, espagn, espagne, espagnol, espagnole, espagnols, espaigne, valencien ; Français, franc, france, franci, francis, francois, françois, françoise, galli, gallica, gallice, gallico, gaule ; Grec, dorica, doriens, graeca, graece, graeci, graecis, graeco, grec, grece, grecque, grecs ; Hébreu, hebraea, hebraei, hebraeis, hebraeos, hebraeum, hebraica, hebraice, hebraique, hebrieu, hebrieux, iudaeis ; Italien, ital, itali, italia, italie, italien, italienes, italienne, italiens, italis, lombards, venitiens ; Persien, persien ; Russe, moscouitis, moscovites ; Latin, anciens, latin, latine, latinement, latines, latini, latinis, latinise, latinisé, latinisent, latinizez, latinos, latins, romains ; Moresque, moresque, morisque ; Flamand, flamans, flamen, flamend, flamens, flandres, flandri, flandris ; Portugais, portugais, portugois ; Punique, punique ; Arabe, arabe, arabes, arabesque, arabica, arabique, egyptien ; Syriaque, suriene, syriaque ; Turc, turcis, turcs, turquesque, turquesques ; Hongrois, hongres, hongrois ; Gaulois, celtes, celtiques, gallorum, gaullois, gaulois ; Suisse, suisses, suysse ; Tartaresque, tartares, tartaresque, tartarin, tartaris ; Scythique, scythique ; Danois, dennemarche.. allobrogibus ; anjou ; aquitanis ; balonenses ; baissin ; bordelois ; bourbonnois ; bourguignons ; burdegalenses ; coenomanis ; coulomniers ; daulphiné ; dauphiné ; dauphinois ; delphin ; dialectes ; gascoigne ; gascon ; hannoyers ; hennoyers ; languedoc ; languedocs ; languedoque ; lionnois ; lorrains ; lugd ; lugdu ; lugdunensibus ; manceau ; manceaux ; marseille ; massiliae ; meaulx ; meaux ; molins ; montagnars ; moulins ; narbon ; narbonenses ; narbonensibus ; narbonne ; normand ; normandie ; normands ; normans ; northm ; northmand ; northmanis ; northmannos ; nortmannos ; orleans ; ouy ; par ; paris ; parisiensibus ; pic ; picard ; picardi ; picardie ; picardis ; picards ; pictonibus ; poictevins ; poictou ; provençal ; provençaux ; provence ; provinces ; rochelle ; rochelois ; rothomagensibus ; salonibus ; savoisien ; savoye ; savoysien ; savoysiens ; tolosae ; tolosains ; touraine ; vermandois ; village ; villageois ; villages ; villagois ; villes.

 


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