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A propos des dictionnaires Le DICOROM LE THRESOR Outre les questions de langue, Nicot fait également une large place aux définitions encyclopédiques. Il s'intéresse aux éléments de la vie quotidienne, ustensiles (cf. Lechefrite), vêtements (Housse, Chaperon), aux recettes de cuisine et modes de conservation des aliments (Craquelin, Boudin, Anchoye). Il décrit les métiers (Henouard, Fournier), les outils (Lancette, Hie), les objets et les techniques de fabrications (Happe, Bourdonniere, Cadeau). Il note les us et coutumes anciens (Jouster, Lance), régionaux (Lóe) ou étrangers (Almoravides, Mamaluc) et de nombreux lexiques spécifiques. Celui de la faune (Crapaud, Caille), de la flore (Laicteron), de la vie paysanne (Fener, Hercer), de la guerre (Halebarde, Jaseran), de la navigation (Hune, Estambre), de la vénerie (Ruit, Lanier), de l'histoire (Jacquerie), de la mythologie (Pandore)… En fait, la richesse du Thresor n'a pas fini d'étonner qui prend la peine de s'y plonger. L'ordre alphabétique du Thresor, assez malmené, a été rétabli. Initialement, il est souvent phonétique comme dans la suite d'articles Rochet, Roquette, Roder… Il est souvent rompu, également, par le regroupement des entrées en famille. Les sous-entrées Ouvrage, Oeuvre, Ouvrier sous Ouvrer ont été redistribuées. De nombreuses définitions sont doubles, comme celle du mot " rang " que l'on trouve à Rang et à Reng (bien qu'orthographié Rang dans les deux cas), ou celle du mot " tâche " que l'on trouve à Tache et à Tasche. Lorsque deux définitions sont strictement identiques, une seule a été gardée ; lorsqu'elles diffèrent, les deux sont placées l'une à la suite de l'autre dans le même article, séparée par le signe /. A l'intérieur des articles, les retours à la ligne constants introduisant les différents sens et exemples ont été remplacés par le signe o. Le Thresor est un in-folio de 674 pages, (représentant environ 18 000 entrées pour un total de près de 900 000 mots) qui s'insère dans un projet éditorial et linguistique plus vaste puisqu'il est suivi d'une grammaire (32 pages), d'un recueil de proverbes et d'un index octolingue (228 pages), le tout étant annoncé dans le titre principal : Thresor de la langue francoyse […] avec une grammaire francoyse et Latine, & le recueil des vieux proverbes de la France. Ensemble le Nomenclator de Iunius, mis par ordre alphabetic, & creu d'une table particuliere de toutes les dictions. Bibliographie : Rééd. fac-similé : Thresor de la langue francoise tant ancienne que moderne, 1621. éd. Picard/Fondation Singer-Polignac, 1960. T.R. Wooldridge, Les Débuts de la lexicographie française: Estienne, Nicot et le Thresor de la langue françoyse (1606), Toronto, University of Toronto Press, 1977. LES DICTIONNAIRE DE L'ACADEMIE de 1694
et 1835. Cela dits, on s'aperçoit vite que l'ouvrage est plus complexe qu'il n'y paraît. C'est paradoxalement un véritable dictionnaire d'usage, qui se cache sous sa prétendue normativité. En fait, l'Académie recueille, en plus de la langue du "commerce ordinaire des honnestes gens, orateurs et poëtes ", la " langue commune ", les " phrases les plus receuës ", les " façons de parler", l'" employ "… Si les académiciens légifèrent, c'est donc surtout en marquant les mauvais usages par de nombreuses indications de niveau de langue: " il est bas ", " il est populaire ", " il est familier ", " T. injurieux "… L'intérêt pour cette langue familière, sa présence forte dans le dictionnaire, fut malaisé à justifier pour l'Académie qui ne s'étend pas sur le sujet et annonce timidement dans sa préface : il y a des proverbes "qui se sont avilis dans la bouche du menu Peuple, et qui ne peuvent plus avoir d'employ que dans le style familier. Cependant comme ils font une partie considerable de la Langue, on a pris soin de les recueillir ". En 1685, dans son second Factum, Furetière ne manque pas de reprocher aux académiciens leur goût immodéré pour ces proverbes, " ces ordures ", qui selon lui, " font le capital du Dictionnaire ". Furetière cite alors : "bran du précheur si on ne l'écoute ; il a chié au lit ; cet homme a chié dans ma malle… ". Pour preuve de leur présence en masse, la parution en 1696, du Dictionnaire des halles qui n'est que l'inventaire des phrases populaires du Dictionnaire de l'Académie. L'auteur de cet énorme extrait (228 pages!), moqueur, y remercie les académiciens pour leur œuvre si utile, puisée aux plus pures sources du français… des harangères et des gadoüars. Il en résulte, non pas un dictionnaire encyclopédique comme le Furetière, mais un dictionnaire de langue au sens plein du terme, se souciant moins des choses que des mots et de leurs emplois. L'orientation radicalement différente des deux ouvrages est bien mise en lumière par la réponse de Doujat à Furetière après sa critique de la définition du mot Glande " ils prennent une maladie qui vient à quelques glandes pour la glande elle-même… ". Doujat argumente que l'Académie n'affirme pas que les glandes sont des tumeurs qui viennent dans l'aine. L'Académie ne donne pas une définition scientifique de la chose mais l'usage ordinaire du mot même si celui-ci est contestable. Ainsi, la notation des différentes graphies et prononciations introduites par les formules " plusieurs disent ", " quelques-uns escrivent… ", celle des prononciations faisant difficulté, l'absence de citations littéraires, sont autant d'indices de la place prépondérante des usages et de l'oralité dans le Dictionnaire. Celui-ci est un véritable trésor où, bien souvent, la stricte définition des mots n'occupe qu'une très faible place en comparaison de celle attribuée aux divers emplois, aux locutions et aux proverbes qui se développent parfois très amplement ; tentation d'exhaustivité qui sera plutôt renforcée que désavouée par les éditions successives. L'article À, par exemple, passe de 700 mots en 1694 à plus de 4 000 mots en 1835, et l'article Pied de 2 700 à 4 000. Si l'Académie n'a jamais complètement refondu son dictionnaire, celui-ci change plus que l'augmentation du nombre de ses entrées ne le laisse penser (20 000 en 1694, 32 000 en 1835). L'édition de 1835, la plus renouvelée (environ 2 600 000 mots), correspond à un volume de texte double de celle de 1694 (environ 1 380 000 mots). Elle enregistre et approfondit certains champs lexicaux assez inattendus: le jeu (Bassette, Impériale, Martingale, Mourre, Pharaon, Poussette, Renvi, Sizette, Sonica…) ; les exclamations (Bah, Hom, Holà, Hourra, Hurhau, Ouf, Patatras, Pouah, Pouf, St st, Tac tac, Tarare…) ; les injures - surtout contre les femmes - (Bagasse, Bégueule, Carogne, Diablesse, Garce, Gaupe, Gouine, Hallebreda, Harengère, Pimpesoué, Pimbêche, Poissarde, Salope, Sans-dent…) ; les mots étrangers (Ginseng, King, Knout, Kopeck, Kurtchis, Ouïcou, Pian, Pilau, Salamalec, Sirsacas, Timar, Uléma, Valkyries, Vayvode, Véda, Zend-avesta…) et beaucoup d'autres que l'on peut en partie retrouver, via la recherche plein texte, grâce à la " Table des principales abréviations " que donne l'Académie à la fin de sa " Préface ". Le dictionnaire de la première édition n'est pas organisé par ordre alphabétique mais par familles. Toutes les sous-entrés ont été séparées, et l'ordre alphabétique rétabli. Comme pour le Thresor de Nicot, chaque alinéa à l'intérieur des articles introduisant une variation de sens ou un exemple a été remplacé par le signe o. Pour des raisons de lisibilité, les homographes de chaque dictionnaire, lorsqu'ils sont de même genre et de même catégorie grammaticale, ont été réunis sous une seule entrée et séparés par un alinéa. L'édition de 1835 distingue deux sortes d'alinéas dans ses articles. Les alinéas simples, qui ont été remplacés par le signe o et ceux avec répétition du mot-entrée qui ont été conservés tels quels. Le Dictionnaire de l'Académie françoise de la première édition, publié en 1694 chez Jean-Baptiste Coignard, est un in-folio en deux volumes de 676 pages + (20 pages de préface + 62 pages de table) et de 671 pages + (46 pages de table). Le Dictionnaire de l'Académie française de la sixième édition, publié en 1835 chez Firmin Didot Frères est un in-4° en deux volumes de 911 pages + (26 pages de préface et 1 page d'abréviations) et de 961 pages. Bibliographie : Rééd. fac-similé sur microfiches, France-Expansion, Col. Archives de la linguistique française, 1972 pour la première édition (1694) et 1973 pour la sixième (1835). Les registres de l'Académie française 1635-1793 : documents et tables analytiques, Genève, Slatkine, 1971. Les préfaces du Dictionnaire de l'Académie française, 1694-1992, H. Champion, 1997. Bernard. Quémada, Les Dictionnaires du français moderne 1539-1863, Paris, Didier, 1968. SUPPLEMENT REVOLUTIONNAIRE ET ARGOTIQUE
(1). Pour qui voudrait retrouver ces indications de langues et localisations géographiques, en voici la liste établie par T.R. Wooldridge dans son Concordance du Thresor de la langue francoyse de Jean Nicot, Paratexte, Toronto, 1985 : Anglais, anglis, anglois, angloise ; Barbare, barbare, barbares ; Chaldéen, chald, chaldaice, chaldée, chaldéen ; Allemand, alemagne, alemand, alemands, alemans, allemand, allemands, allemans, allemant, germani, germania, germanica, germanice, germanis, germanus, teuthonica ; Espagnol, aragonois, castillan, esp, espagn, espagne, espagnol, espagnole, espagnols, espaigne, valencien ; Français, franc, france, franci, francis, francois, françois, françoise, galli, gallica, gallice, gallico, gaule ; Grec, dorica, doriens, graeca, graece, graeci, graecis, graeco, grec, grece, grecque, grecs ; Hébreu, hebraea, hebraei, hebraeis, hebraeos, hebraeum, hebraica, hebraice, hebraique, hebrieu, hebrieux, iudaeis ; Italien, ital, itali, italia, italie, italien, italienes, italienne, italiens, italis, lombards, venitiens ; Persien, persien ; Russe, moscouitis, moscovites ; Latin, anciens, latin, latine, latinement, latines, latini, latinis, latinise, latinisé, latinisent, latinizez, latinos, latins, romains ; Moresque, moresque, morisque ; Flamand, flamans, flamen, flamend, flamens, flandres, flandri, flandris ; Portugais, portugais, portugois ; Punique, punique ; Arabe, arabe, arabes, arabesque, arabica, arabique, egyptien ; Syriaque, suriene, syriaque ; Turc, turcis, turcs, turquesque, turquesques ; Hongrois, hongres, hongrois ; Gaulois, celtes, celtiques, gallorum, gaullois, gaulois ; Suisse, suisses, suysse ; Tartaresque, tartares, tartaresque, tartarin, tartaris ; Scythique, scythique ; Danois, dennemarche.. allobrogibus ; anjou ; aquitanis ; balonenses ; baissin ; bordelois ; bourbonnois ; bourguignons ; burdegalenses ; coenomanis ; coulomniers ; daulphiné ; dauphiné ; dauphinois ; delphin ; dialectes ; gascoigne ; gascon ; hannoyers ; hennoyers ; languedoc ; languedocs ; languedoque ; lionnois ; lorrains ; lugd ; lugdu ; lugdunensibus ; manceau ; manceaux ; marseille ; massiliae ; meaulx ; meaux ; molins ; montagnars ; moulins ; narbon ; narbonenses ; narbonensibus ; narbonne ; normand ; normandie ; normands ; normans ; northm ; northmand ; northmanis ; northmannos ; nortmannos ; orleans ; ouy ; par ; paris ; parisiensibus ; pic ; picard ; picardi ; picardie ; picardis ; picards ; pictonibus ; poictevins ; poictou ; provençal ; provençaux ; provence ; provinces ; rochelle ; rochelois ; rothomagensibus ; salonibus ; savoisien ; savoye ; savoysien ; savoysiens ; tolosae ; tolosains ; touraine ; vermandois ; village ; villageois ; villages ; villagois ; villes. Infos DicoRom |
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